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LES DENTS DE LA MER

dents-de-la-mer-1975-aff-01-gRéalisé par STEVEN SPIELBERG – États-Unis, 1975

Écrit par PETER BENCHLEY et CARL GOTTLIEB 

Avec ROY SCHEIDER, ROBERT SHAW, RICHARD DREYFUSS, LORRAINE GARY…

Musique de JOHN WILLIAMS

Durée : 2 h 04 min

SYNOPSIS : Durant l’été 1975, un grand requin blanc sème la terreur sur l’île d’Amity, une petite station balnéaire américaine où les touristes affluent le jour de la fête nationale.  

LA FICHE TECHNIQUE IMDb

« UNE PEUR MYTHIQUE »

À vingt-huit ans, Steven Spielberg signe déjà la mise en scène de son deuxième long-métrage. Il réalise auparavant Sugarland Express et Duel, un téléfilm diffusé pour la première fois à la télévision en 1971 avant de connaître un succès d’estime mérité et bénéficier d’un droit de sortie en salles.
Ce premier téléfilm est caractéristique du cinéma à suspense de Spielberg. Il consiste en une longue course poursuite sur les routes du désert de Californie où la vie d’un informaticien est menacée par un camion poids lourd. Aussi curieux que cela puisse paraître, le film est absolument terrifiant. Cela vient en grande partie du fait que l’on ne voit jamais le visage du chauffeur du camion.
Le travail de mise en scène accompli autour du héros des
 Dents de la mer, notre requin assoiffé de sang, est comparable à celui de cet effroyable routier. Les deux films sont indéniablement similaires. Ils ont une même approche scénique et technique pour servir un récit basé sur la peur.

Les Dents de la mer est inspiré d’une histoire vraie qui avant d’être portée à l’écran, a fait l’objet d’un roman de Peter Benchley. Il porte le titre originel du film Jaws (mâchoires en fr.) et s’inspire de la série de cinq attaques de requins survenues dans le New-Jersey en 1916.
La réflexion selon laquelle la différence entre la fiction et la réalité est infime peut facilement traverser l’esprit. Et pour cause, le film est devenu un phénomène culturel qui a bouleversé nos vies.
L’oeuvre de Spielberg a fait du grand requin blanc, une créature redoutée dans le monde entier. Il m’est arrivé d’être pris d’une peur panique au large d’une mer aux eaux profondes presque noires me rappelant le bruit de la balise en mer et les célèbres variations que l’on pouvait entendre avant chaque attaque du requin. Beaucoup ont subi les effets d’un film aujourd’hui devenu culte et se révélant être à sa sortie en 1975, un véritable raz-de-marée.

Le film est considéré par les critiques comme précurseur de la mode des blockbusters de l’été. Si le héros de l’action est un grand requin blanc, le film n’est pas pour autant un simple divertissement. Il est indispensable de rappeler que Les Dents de la mer est un film d’action intelligemment efficace et où la part de l’auteur est inhérente à la réussite du film.
Aussi, le caractère infantile des films de Spielberg a souvent été mentionné alors qu’au contraire, ils n’ont rien de films pour enfants. Les Dents de la mer met en exergue tout le talent d’un cinéaste redoutable maîtrisant à la perfection son sujet. Le film a bénéficié d’un traitement soigné à la recherche d’une part d’humanité pour tous les personnages. Ainsi, le film trouve un équilibre parfait entre l’action et la réflexion. La grande majorité des oeuvres de Spielberg sont des purs films de cinéma, élégants et  intemporels. 

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La scène d’ouverture du film est la plus représentative du traitement de l’horreur.
Autour d’un feu de camp, un groupe d’étudiants fait la fête sur la plage. Une jeune femme s’éloigne du groupe et se lance dans la mer pour un bain de minuit. Après quelques brasses, elle est happée et disparaît dans l’eau.
La grâce et l’aisance avec laquelle cette jeune femme tranche la mer au clair de lune est à dissocier des mouvements soudains et abrupts de son corps entraîné sèchement de gauche à droite à la surface de l’eau.
À aucun moment, il nous a été donné de voir le squale mangeur d’hommes, pas même un petit aileron. C’est tout l’art de suggérer au lieu de montrer. La clé du suspense est le fait de ne quasiment jamais voir le requin. Cela fait naître le sentiment de peur, d’attente effroyable et le désir impatient d’entrevoir enfin le requin dévorer sa prochaine victime. Cette première attaque terrifiante du requin est devenue culte.

Spielberg dit s’être inspiré des films de suspense d’Hitchcock et de la façon dont il tenait le spectateur en haleine. L’esthétique du cadre et des mouvements de caméra rend hommage au cinéma Hitchcockien, maître absolu en la matière. Mais si le film de Spielberg fut à l’époque un choc cinématographique à part entière, c’est parce qu’il offre au public une prise vue tout à fait surprenante et novatrice : la vision subjective du requin.
Au générique de début du film, la caméra nage au fond de l’eau entre les algues et les rochers. Le mouvement de la caméra nous fait comprendre que nous sommes dans la peau du grand blanc.

À chaque prise de vue subjective du requin se greffe la célèbre musique de John Williams qui participe elle aussi au suspense en jouant sur les sensations. Elle est une addition à la mise en scène, une âme indissociable de l’image et surtout un puissant vecteur de sentiments.
Cette association de la musique avec le requin est d’une efficacité redoutable tant elle le situe dans l’espace et prévient le spectateur, agrippé à son fauteuil, d’une attaque imminente. Dès lors, le 
requin prend toute sa dimension.
En personnifiant sa bête, silencieuse, impitoyable et puissante, Spielberg en fait indubitablement le personnage le plus intéressant du film. Alors que la police et les gardes côtes surveillent la mer, le requin parvient à déjouer la sécurité. Il attaque à nouveau. Dans la scène finale, il se montre combatif et résistant aux tirs de fusil attachés à des bidons contenant de l’air pour le fatiguer. Mais rien n’y fait, le requin revient à la charge et détruit littéralement le bateau de pêche.
Les Dents de la mer n’aurait jamais été le film qu’il est devenu sans l’intelligence de la mise en scène de Spielberg. 

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Dans leur ouvrage « Steven Spielberg », Julien Dupuy, Laure Gontier et Wilfried Benon parlent de « la lutte de la mer contre la terre, d’une lutte de toute éternité ».
Si l’on peut penser tout le long du film que la nature reprend ses droits et renvoie l’homme à sa modeste place, la question de la lutte de l’homme contre la nature ne me paraît pas être la ligne directrice du film puisqu’elle est de surcroît un phénomène universel. Le requin meurtrier n’est autre que le prisme qui renvoie, à chacun des trois personnages principaux, le sentiment d’un combat personnel en lien avec cette créature démesurée. C’est la raison pour laquelle le requin est fascinant.

Sans pour autant l’intellectualiser, Les Dents de la mer peut être considéré comme une étude psychologique de personnages. Ces derniers sont humanisés de façon à ce que leur réaction aux attaques du requin devienne un élément dramatique majeur.
Le chef de la police locale, Martin Brody (Roy Scheider) souffre d’une peur panique de l’eau tandis que Matt Hooper (Richard Dreyfuss), un jeune océanographe, ne demande qu’à observer le requin pour mieux l’étudier. Enfin, Quint (Robert Shaw), un pêcheur local au tempérament ardu, inspiré du célèbre pêcheur de requins Franck Mundus, exige dix mille dollars pour tuer la bête. Il s’agit en réalité d’un choix motivé par un cas de vengeance personnelle lorsque dans un long monologue sur l’Indianapolis, on apprend qu’il fut un des rares rescapés du naufrage où des centaines de membres d’équipage ont été dévorés par des requins.
Le dernier acte du film veut qu’ils soient tous les trois réunis face au terrible monstre des mers. Cet épilogue en bateau a tout d’un voyage initiatique où chacun évolue au fil du récit.

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Il est impossible de ne pas évoquer le grand requin blanc sans parler du film qui l’a rendu célèbre mais à quel prix car Les Dents de la mer a dénaturé l’image du requin.
Le film de Spielberg est tout à fait extraordinaire car il a crée au fil des générations un véritable traumatisme. Depuis, les scientifiques s’accordent pour dire que le grand blanc n’est pas méchant pour ainsi défendre une race en voie de disparition.
Il est incroyable de constater toute la démesure et l’ampleur du traumatisme. Les Dents de la mer a changé la perception et l’attitude des gens vis à vis des requins et de la nage en général. Le film a nui à l’image du requin même si ses attaques effrayantes sont tout à fait exceptionnelles. Il a eu une emprise sur l’animal tel qu’aujourd’hui de nombreuses personnes refusent de se baigner. Si ce phénomène n’est pas justifié, il ne fait aucun doute qu’il est ancré pour l’éternité. C’est dire toute la puissance du film de Spielberg.
Je suis intimement convaincu qu’il y a là aussi un sentiment de fascination et de profond respect à l’égard de l’espèce. Les dents de la mer a inspiré des dizaines de cinéastes sans jamais qu’aucun de leur film n’ait été performant.

Je suis comme beaucoup encore affecté par le film. Les cris de terreurs de celle qui fut la première retentissent toujours dans ma tête à chaque début de saison de l’été. – Romain Princet

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TOP GUN

Top_GunRéalisé par TONY SCOTT – États-Unis, 1986

Écrit par JIM CASH et JACK EPPS JR

Avec TOM CRUISE, VAL KIMER, ANTHONY EDWARDS, KELLY McGILLIS, MEG RYAN…

Musique de HAROLD FALTERMEYER

Durée : 1 h 50 min

SYNOPSIS : À la prestigieuse école « Top Gun », Maverick et Iceman, deux pilotes de l’élite de l’US Navy, se retrouvent en compétition pour le titre. 

LA FICHE TECHNIQUE IMDb

« TOP GUN : LE FILM CULTE »

Top Gun est l’objet le plus représentatif du cinéma d’action des années 80. De nos jours, il a pris une importance particulière car il est beaucoup plus riche et original qu’il n’y paraît.
On ne peut parler de Top Gun sans évoquer les séquences kitsch du film aujourd’hui devenues cultes et qui ont propulsé Tom Cruise au rang de star de cinéma à la vitesse du célèbre chasseur F14.

Le film Top Gun est une véritable leçon de cinéma. Il constitue une attraction à sensation visuelle et sonore quasi-orgasmique. Tony Scott n’aurait pu faire mieux. Le film est excellent.
Il me rappelle qu’avant d’être un homme, j’étais un garçon qui n’avait qu’une idée en tête: devenir un digne chevalier du ciel.   

Si l’on peut critiquer la filmographie de Tony Scott qui n’a pas toujours été de très bon goût, il faut admettre que Top Gun est dans le cinéma d’action l’un des meilleurs. Le film phénomène Hollywoodien des années 80 est aujourd’hui devenu culte. Et toutes les raisons sont bonnes pour penser que Top Gun continuera d’embarquer toute une génération d’ados tant il est performant dans la mise en scène époustouflante de l’action.

Face à tous ceux qui se trouvent des raisons pour ne pas aimer Top Gun et en dire du mal, il ne faut  jamais oublier que le cinéma est aussi un art qui fait rêver et lorsqu’un film fait un carton au box office devenant un succès populaire mérité, on ne peut qu’aller dans son sens. Quand d’autres films donnent la possibilité de réfléchir, de voir le monde autrement, celui-ci amuse intelligemment et nous laisse bêtement penser que nous pourrions tous être des héros.

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Pete Mitchell alias « Maverick » est un pilote imprévisible. Il vole en suivant son instinct plutôt que les règles. Il intègre avec son ami et navigateur Nick Bradshaw dit « Goose », la prestigieuse Fighter Weapon School en Californie. Il s’agit du lieu d’entraînement de l’élite de l’US Navy pour les meilleurs pilotes de chasse au monde. Cette école de bombardiers porte le nom de « Top Gun ». Mais Maverick va se retrouver confronté à Iceman, un jeune pilote concurrent tout aussi ambitieux et apprécié de sa hiérarchie. Tous les deux savent qu’à « Top Gun », il n’existe pas de seconde place.
Maverick est très sûr de lui et s’il a déjà conquis le coeur de Charlie, l’instructrice civile, il ne lui reste plus qu’à gagner le titre du meilleur pilote.

Le succès populaire du film s’explique en partie par l’accumulation de scènes particulèrement osées à la limite de l’insensé. L’exemple parfait est celui où s’affrontent « Maverick » et « Iceman », corps imberbes et huilés, dans un match de beach volley. Cette séquence culte, à forte esthétique homo-érotique, peut interroger sur la question de l’identité masculine par l’hyper virilité des personnages du film. Plusieurs scènes de Top Gun en particulier celles dans les vestiaires des pilotes, ont montré que le sous-texte pouvait porter à confusion.
Quentin Tarantino s’est d’ailleurs essayé à une analyse érotique du film qui a rendu populaire l’hypothèse selon laquelle l’histoire est celle d’un homme qui n’ose affirmer son homosexualité.

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Dans l’exercice de la mise en scène, le montage dynamique de plans succincts renforce le sentiment d’assister à un cinéma très nerveux. Cela est d’autant plus fascinant lorsqu’il s’agit des combats aériens où la mise en scène est spectaculaire et immersive grâce à des avions truffés de caméras.
Le film n’offre aucun répit. Dès le générique de début, l’action démarre sur un porte avion en plein Océan Indien. À l’aube, les avions de chasse, des F14 Tomcat, se préparent à décoller dans un nuage de fumée mécanique aux couleurs de Venice Beach. Les réacteurs entrent en post-combustion et font s’envoler nos chasseurs au rythme de la chanson « Danger Zone », véritable hymne emblématique de Top Gun.
L’orchestration des combats aériens est brillante et soutenue par de belles prises de vues aériennes qui assurent au spectateur une forte montée d’adrénaline. Le travail est bluffant et le spectacle est total.
D’un point de vue plus technique, que ce soit le travail sur les maquettes, les effets visuels ou photographiques, ceux-ci n’ont absolument pas vieilli et n’ont rien à envier au tout-numérique d’aujourd’hui.

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Top Gun ne serait pas le film qu’il est devenu sans la plupart de ses acteurs et sa géniale bande originale avec des musiques qui collent parfaitement à l’ambiance du film.
La musique renforce le sentiment d’héroïsme et aide énormément au rythme de l’action.
« Take my breathe away » est le titre phare du film. Il est le plus populaire et résonne comme un hymne romantique.
L’histoire d’amour entre Maverick et Charlie est portée par une esthétique de pureté et d’innocence, associée à ce titre et est aujourd’hui considérée comme mélodramatique. Pour autant, cela ne m’a jamais empêché d’apprécier cent fois la frime de Tom Cruise et l’attitude désinvolte avec laquelle il tente de justifier la mauvaise appréciation de sa performance par l’instructrice (Kelly McGillis). Humilié, il enfourche sa moto et fait vrombir le moteur pour ne pas entendre ce qu’elle lui dit. Cette scène est l’une de mes favorites du film tant elle est représentative de la personnalité excessive de Maverick. 

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Top Gun, Tom Cruise a prouvé qu’il était l’acteur fétiche des films à succès (Mission Impossible, Rain Man, Né un 14 Juillet…) où il est parfaitement à sa place. Il est un acteur doué que j’apprécie beaucoup.

Top Gun est un film bien ancré dans son époque et c’est la raison pour laquelle il faut continuer de l’apprécier et se rappeler combien Tony Scott manque cruellement à l’actuel cinéma d’action. – Romain Princet  

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Les-Diaboliques

LES DIABOLIQUES

maxresdefaultRéalisé par HENRI-GEORGES CLOUZOT – France, 1955

Scénario par HENRI-GEORGES CLOUZOT

Dialogues par HENRI-GEORGE CLOUZOT, JÉRÔME GÉRONIMI, RENÉ MASSON, FRÉDÉRIC GRENDEL

Avec SIMONE SIGNORET, VÉRA CLOUZOT, PAUL MEURISSE, MICHEL SERRAULT, CHARLES VANEL…

Durée : 1 h 56 min

SYNOPSIS : Dans un pensionnat pour garçons, tenu par un directeur abusif et méprisant, sa femme et sa maîtresse s’allient pour l’assassiner… 

LA FICHE TECHNIQUE IMDb

« UN SUSPENSE IMPLACABLE »

Le cinéma d’Henri-Georges Clouzot constitue une référence absolue, indiscutable dans le paysage cinématographique français. Il est une vraie valeur qui s’interroge constamment sur les modes d’action et de domination dans la vie sociale. En citant son oeuvre dont presque tous ses films sont des classiques (L’assassin habite au 21, Quai des Orfèvres, Le Salaire de la peur…) on peut facilement faire une avalanche de compliments. Le cinéma actuel est si différent qu’il se pourrait qu’on cesse d’y faire allusion. Il faut pourtant s’en inspirer tant ils sont des exemples de films intelligents et créatifs.

Les Diaboliques est une oeuvre majeure du cinéma français. Il s’agit du dernier film policier de Clouzot. Il est l’aboutissement d’une intrigue policière toujours très travaillée dans laquelle il décide néanmoins d’innover en intégrant des éléments fantastiques au récit. 

Henri-George Clouzot est à ses débuts considéré comme un « spécialiste » du scénario dont la plupart sont inspirés des romans policiers du belge Stanislas André Steeman.
Les Diaboliques est l’adaptation du roman de Boileau et Narcejac, romanciers français à qui Alfred Hitchcock, jaloux du succès des Diaboliques, aurait demandé de lui écrire spécifiquement un roman pour le porter à l’écran. A l’origine de cette adaptation, naît Sueurs Froides en 1958.  

Si le film de Clouzot peut paraitre en apparence démodé, dépassé et en décourager certains par l’approche esthétique et graphique du film en noir et blanc, il reste intemporel. La crainte d’une paresse influencée par l’image de l’époque s’efface aussitôt. Le film est moderne et l’histoire n’est autre qu’une succession de coups de théâtre magiques et bien pensés.

LES DIABOLIQUES

Au générique de fin du film, Clouzot fit passer un carton demandant aux spectateurs de ne rien dévoiler du dénouement à leurs amis pour ne pas gâcher leur plaisir et ainsi interrompre le suspense. Sur l’écran, on peut lire : « Ne soyez pas DIABOLIQUES! Ne détruisez pas l’intérêt que pourraient prendre vos amis à ce film. Ne leur racontez pas ce que vous avez vu. Merci pour eux. ».
Il s’agit d’une nouvelle méthode de narration qui donne au récit un caractère étrange et surprenant jusqu’au dénouement. Ceux qui ont déjà vu le film comprendront qu’il tire sa force en grande partie dans le coup de théâtre final improbable et magistral. Christina (Véra Clouzot), la femme de Michel Delassalle le dit elle même : « depuis le début, c’est une histoire de fou!« .
Ainsi et seulement, je me contenterai de vous résumer brièvement l’exposition du film.

Christina est une séduisante jeune femme mais elle est extrêmement timide, calme et sensible. Elle souffre de problèmes cardiaques et elle n’est jamais en très bonne santé. Elle dirige un pensionnat très sélect avec son mari, Michel, un salaud malveillant qui prend plaisir à traiter sa femme comme un chien. Michel a une aventure avec l’une des institutrices, Nicole et tout le monde est au courant. Il est aussi cruel et vicieux avec sa maîtresse qu’avec sa femme. A bout de patience, les deux femmes décident de s’allier et de conclure un pacte diabolique pour se débarrasser de Michel.

Il y a dans le film de Clouzot un réseau d’images internes autour de « l’eau » qui se répète de façon plus ou moins explicite. Le premier plan est celui d’une camionnette passant dans une flaque d’eau. Il fait toujours un temps pluvieux et brumeux. À la radio, on parle du détroit de Gibraltar. À table, on mange du poisson avarié. De nombreuses scènes sont la figuration d’une image qui nous ramène à un même symbole : « l’eau » et nous renvoie indirectement à la scène du meurtre de Michel. Il meurt noyé dans une baignoire. Ce système d’images participe à l’élaboration du suspense.
J’admire les réalisateurs qui utilisent ce procédé subliminal dans le but de créer une ascension symbolique comme si rien n’était laissé au hasard. C’est un travail d’orfèvre.
Dans Les Diaboliques, dès que l’on entend le son du robinet qui s’égoutte, l’atmosphère devient effrayante à la fois pour les deux jeunes femmes dont on suit le complot et pour le spectateur qui sue à grosses gouttes.     

Si le film est si fort et nous tient en haleine du début jusqu’à la fin, c’est parce qu’il est remarquablement écrit. Les dialogues en particulier sont très travaillés. Ils sont vifs, percutants et intelligents.
Clouzot fait ici une étude psychologique de personnages très profonde dont les comportements sont fascinants. 

L’immense Paul Meurisse incarne Michel Delassalle. Il livre une interprétation immensément riche où le grotesque est un élément majeur de sa création délirante. S’il est constamment violent et sadique avec son épouse, il s’amuse à la terroriser. Un excès d’autorité qui peut être étrangement comique et créateur d’angoisse lorsque Michel oblige Christina à finir son assiette alors qu’elle souffre de maux de ventre.
Dans une autre scène, Christina annonce à Michel qu’elle veut divorcer. En réalité, c’est un prétexte pour attirer Michel dans un appartement d’un village loin de l’école et ainsi préparer sa disparition. Mais Michel lui parle avec sarcasme et l’insulte avec arrogance pendant qu’elle s’efforce de le rendre aussi saoul que possible.
Cette séquence est formidable. Elle est à n’en pas douter une scène majeure du cinéma français. Paul Meurisse est impressionnant de nuances. Il passe d’une émotion à une autre avec une facilité déconcertante.
Si je n’ai pas évoqué la performance de Véra Clouzot et de Simone Signoret, elle est toute aussi brillante. Elles incarnent deux femmes au comportement opposé. L’une est souvent déprimée, à la santé fragile, l’autre est une femme forte au caractère influençable. 

Les diaboliques est un chef d’oeuvre. Si malheureusement le film ne peut s’apprécier réellement qu’une seule fois du fait de l’artifice de son dénouement créant l’effet de surprise, il faut savourer les dialogues exceptionnels de Clouzot interprétés par des acteurs magistraux. – Romain Princet

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KRAMER CONTRE KRAMER

iatnh37rZqcdnr144EonEP0TVncRéalisé par ROBERT BENTON – États-Unis, 1979

Écrit par ROBERT BENTON et AVERY CORMAN (Auteur du roman)

Avec DUSTIN HOFFMAN, MERYL STREEP, JANE ALEXANDER, JUSTIN HENRY, GEORGE COE…

Durée : 1 h 45 min

SYNOPSIS : Le jour le plus important de sa carrière, Ted Kramer apprend que sa femme le quitte. Elle lui laisse la garde de Billy, leur fils unique. Ted est alors contraint de concilier l’éducation de son fils avec son travail de publicitaire.   

LA FICHE TECHNIQUE IMDb

 

« UN FILM TENDRE ET VIVANT »

Kramer contre Kramer est un film américain de Robert Benton. Le scénario est adapté du roman du même titre de Avery Corman.
Je n’ai jamais vu un film aussi bien écrit. L’histoire est si bien racontée.
J’ai ainsi pris conscience de l’importance du scénario. Il est clairement la pièce maitresse du film à l’origine de sa réussite. 

Robert Benton est connu pour être un grand scénariste. Il est de ceux qui à une époque où les écoles de cinéma n’existaient pas, n’avaient pas d’autres moyens que de commencer par écrire des récits. Il écrira d’ailleurs avec David Newman, scénariste américain, le scénario du film à succès, Bonnie and Clyde.

Kramer contre Kramer devait être à l’origine réalisé par François Truffaut qui connaît à l’époque un succès considérable. Il est acclamé aux États- Unis où deux de ses films, Les 400 Coups et La Nuit Américaine, ont été nommés à l’Oscar du meilleur scénario.
Mais Truffaut se méfie des méthodes des studios hollywoodiens. Il craint de ne pas pouvoir signer la mise en scène du film en toute liberté artistique. C’est la raison pour laquelle, il n’acceptera aucune proposition de travail à Hollywood.

A sa sortie en 1979, le film est un succès phénoménal. Il reçoit cinq Oscars dont celui du meilleur film en 1980.
Je suis surpris qu’il ait connu un succès aussi populaire alors qu’il fait partie de ces films plutôt intimistes et sociétaux qui divisent plus qu’ils ne rassemblent.
Cependant, Robert Benton ne prend parti pour aucun de ses personnages. Il tente seulement de retranscrire la vérité d’un récit qu’il a parfaitement conçu. C’est probablement la raison qui explique ce succès.

Si Kramer contre Kramer est un film parfait, il n’en est pas pour autant un chef d’oeuvre. Il est simplement maitrisé du début jusqu’à la fin. 

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Ted Kramer est un fou de travail et le soir du jour le plus important de sa carrière, il apprend que sa femme le quitte. Elle lui reproche de ne pas être à l’écoute et de privilégier son travail au détriment de sa famille.
À bout, Joanna Kramer craque et décide de partir en abandonnant Billy, son fils de sept ans. C’est une grande première pour Ted qui n’a jamais contribué à la vie domestique de sa famille. Il va devoir jongler entre ses activités professionnelles et l’éducation de son fils. Après des débuts difficiles, il retrouve une forme d’équilibre.

Si le récit de cette histoire est d’apparence assez simpliste, sa structure et ses enjeux offrent des moments de vérité rare et d’intenses émotions en grande partie grâce à la sensibilité des acteurs. Ils impressionnent dans leur interprétation de scènes quotidiennes.
En atteste le début du film, particulièrement vivant, où dans une scène d’adieu bouleversante, Joanna embrasse son fils pour la dernière fois.
Nous comprenons tout de suite que Joanna Kramer est une femme émotive et instable.
Dans le prolongement de cette scène, Joanna tente de faire entendre à Ted qu’elle le quitte. Elle lui montre explicitement sa carte de crédit et un ticket du pressing qu’elle laisse sur le secrétaire de l’entrée. Ces biens matériels sont le dernier lien qui les unis. Joanna était finalement réduite à une femme qui doit entretenir le foyer.
Toute cette première séquence jusqu’à la fin de cette scène est une de mes favorites tant elle est efficace dans la compréhension de l’histoire et cela en seulement quelques gestes et mots. En deux minutes de film, nous comprenons immédiatement l’impact terrible que cela aura sur la vie de Ted.
C’est la force du récit de Robert Benton. Si sa mise en scène reste très classique, elle va à l’essentiel. On est loin d’une recherche esthétique dans le mouvement de la caméra.

Il faut cerner en priorité, l’histoire et ses acteurs, deux ingrédients indispensables à la recette d’un film réussi.

Le rythme du film est aussi à l’origine de son succès populaire. Le protagoniste, Ted Kramer, est dans l’action permanente. Il fait tout pour se démêler d’une situation inhabituelle et joindre les deux bouts. Chaque jour est une course folle où il se retrouve seul à s’occuper de son fils. On ne s’ennuie jamais.
Le lendemain du départ de sa femme, le calvaire commence au moment où l’on s’aperçoit qu’un homme d’une quarantaine d’années (Ted) est incapable de préparer le petit déjeuner de son fils.
Le film foisonne de scènes comme celles-ci. Elles nous font rire et nous rappellent surtout des instants vécus.

Le film doit énormément aux acteurs qui se sont investis au delà de leur rôle respectif. Dustin Hoffman sortait tout juste d’une situation de divorce et aurait hésité avant d’accepter le rôle à la condition de pouvoir réécrire le script avec Robert Benton.
Armé de son expérience de vie, Dustin Hoffman livre une interprétation formidablement juste dans laquelle il a certainement dû chercher des réponses aux sentiments qui le parcouraient.
Meryl Streep, elle, a dû écrire les dialogues de son personnage. Elle éblouie souvent dans le rôle de Joanna où elle exprime naturellement la complexité d’une femme tiraillée entre la perte de son fils et le désamour de son mari.
Dustin Hoffman et Meryl Streep ont tous les deux remporté un Oscar pour leur performance. 

Il semblerait qu’à l’époque, le film ait été une étude de moeurs. Le divorce était un sujet sensible au centre des débats. Il faut ainsi considérer qu’il ait fait, à sa sortie, l’objet d’un véritable phénomène de société.
Si le film adopte exclusivement le point de vue d’un père à qui on laisse la garde de son fils, aujourd’hui, il devient 
essentiellement un film qui donne à Dustin Hoffman un charme fou dans l’interprétation d’un père débordé et aimant.

Kramer contre Kramer est un film important. Il est à n’en pas douter une référence cinématographique incontestable. Le livre Story de Robert McKee le cite en exemple dans l’art du récit.
Si j’ai découvert ce film il y a à peine un an, il est indispensable de le voir en priorité.- Romain Princet  

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LAURENCE ANYWAYS

laurence-anyways-affiche-4fe8827d2208eÉcrit & réalisé par XAVIER DOLAN – Canada-Québec, 2012

Avec MELVIL POUPAUD, SUZANNE CLÉMENT, NATHALIE BAYE, MONIA CHOKRI, YVES JACQUES…

Durée : 2 h 48 min

SYNOPSIS : A la fin des années 80, au Québec, Laurence Alia, professeur de lettres et Frédérique Belair, assistante réalisatrice, vivent ensemble. Ils s’aiment éperdument jusqu’au jour de son anniversaire où Laurence annonce à Fred qu’il veut devenir une femme. 

LA FICHE TECHNIQUE IMDb

 « UN AMOUR IMPOSSIBLE »

Laurence Anyways est un film franco-québécois écrit et réalisé par Xavier Dolan. Il s’agit du troisième film de l’acteur-réalisateur canadien. Il est le plus complexe, le plus profond et le plus riche.
L’histoire est celle d’un couple en quête d’identité. Laurence annonce à Fred, sa petite amie, qu’il veut changer de sexe.
Cette lente mutation sexuelle
 n’est pas pour autant le thème principal du film.
L’ambition majeure de Laurence Anyways est l’évocation d’un amour impossible.
C’est d’ailleurs l’aspect le plus intéressant du film.

Xavier Dolan dit avoir eu l’idée sur le tournage de son premier film, J’ai tué ma mère.
En voiture avec des techniciens de l’équipe, une passagère leur confie qu’un soir son compagnon lui avait annoncé qu’il voulait devenir une femme. Inspiré, Dolan a composé l’histoire le soir même : « Je suis rentré ce soir-là et j’ai écrit trente pages. Je connaissais le titre du film, et la fin, aussi. Tout s’est dessiné très rapidement, mais écrit lentement« . 

Xavier Dolan fait de la transsexualité un traitement intime et personnel. C’est la marque des grands films, de ceux qui s’inscrivent dans le temps et s’opposent à l’universalité.
Il fait du cinéma un objet de fantasme sans frontières dans lequel il exprime librement et intensément une partie intime de ce qu’il ressent.
C’est une qualité rare qui fait de ses films des références uniques.

Je suis très admiratif et respectueux du travail accompli sur son oeuvre. Elle est immense, inspirée, vivante et inlassablement jouissante.
Si Laurence Anyways semble être son film le plus libre, je crois qu’il est paradoxalement le plus abouti dans le travail de la recherche d’un réalisme poussé à son paroxysme.

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Laurence Alia, professeur de lettres à l’Université vit au Québec avec Frédérique. A l’Automne 1989, le jour de ses trente cinq ans, Laurence annonce à Fred qu’il veut devenir une femme.
Le film raconte, sur dix ans de vie, l’histoire d’un couple qui tente de survivre à cette transition. Envers et contre tous, ils affrontent les préjugés et résistent à l’influence de leur famille.
C’est l’histoire de leur combat héroïque, de leurs engueulades homériques et d’un amour tumultueux qui tend vers l’impossible. 

En référence au changement d’identité sexuelle de Laurence, certains ont dénoncé un manque de profondeur et d’ambiguïté sur un sujet si peu familier du grand public.
Certes, Xavier Dolan a une responsabilité sociale même avec une oeuvre de fiction.
S’il on est tous déchiré entre des vices et des vertus bien personnelles, Dolan pose davantage la question de comprendre et d’apprivoiser une part de féminité que d’aborder le sujet d’un homme aux prises avec les enjeux de transsexualité.
Le désir profond et naturel de Laurence n’est que le fil conducteur d’un récit qui tente essentiellement de 
résoudre l’énigme amoureuse de leur couple car si Laurence se transforme en femme, il pense surtout que tout est encore possible avec Fred.
Je suis intimement persuadé que la force du film réside dans le fait que Xavier Dolan ait privilégié l’amour des sentiments et la poésie à la seule démonstration du parcours d’un homme qui veut être une femme.

Chez Xavier Dolan, le cinéma est un art où l’on se confie. Autour d’une trame narrative bien conçue, Dolan devient l’architecte sculptant morceau par morceau la silhouette de son film.
On est loin des films de fiction qui relatent des faits d’inspiration divers ou historiques sans la moindre prose d’intimité et d’émotions.

Laurence Anyways est un film sur la différence, le courage et la liberté de faire des choix. Ce sont des thèmes forts sur lesquels Xavier Dolan pose un regard émouvant, sensible et profondément humaniste.
L’histoire de Laurence est tout sauf banale.

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Xavier Dolan a beaucoup d’idées. Il crée des images lyriques et picturales d’une réussite sans faille. L’effet spécial poétique quand Fred lit le livre que Laurence a écrit est une idée brillante.
Le film regorge de scènes aussi fascinante que celle-ci. Il est immensément riche.
Il faut le revoir pour apprécier le travail des détails, de la langue et de l’importance des mots, des décors, des costumes et naturellement des acteurs et des figurants.

L’acteur est indéniablement l’objet du fantasme de Dolan avec qui il s’offre le plaisir de réaliser ce qu’il ne peut ou n’oserait pas faire dans la vie. Ainsi et souvent, les maux qui viennent du coeur sortent des tripes comme un cri hystérique.
La parole éclate lorsque Laurence annonce à Fred qu’il veut devenir une femme hurlant « J’vais mourir si j’te le dis pas! ». Ce cri jaillit de sa volonté de ne plus souffrir et mentir.
Dans un bar où la serveuse questionne Laurence sur son apparence, Frédérique laisse éclater sa haine contre l’intolérance de ceux qui rejettent la différence.
Il y a dans ces deux séquences, une hyper sensibilité dans la mise en scène, l’esthétique du cadre et les mouvements de caméra, qui parfont un geste artistique déjà rempli d’amour et de grâce.

Xavier Dolan a cette faculté inhérente de créer un personnage unique, original qui aura un puissant impact sur le public et lui donnera envie de suivre l’histoire.
Le couple volcanique que forment Laurence et Fred est tantôt malheureux, tantôt triomphant. S’il peut paraître excessif, il n’en fait jamais trop.
Melvil Poupaud incarne Laurence. Il se livre tout en finesse et retenue. Il n’a jamais été aussi sensuel et naturel que dans l’interprétation d’un homme devenu femme. Il ne surjoue pas la féminité.
Sa performance a été critiqué à tort. On lui a reproché de chercher son rôle autant que son identité. Il s’agit à n’en pas douter du plus beau rôle de sa carrière.
Suzanne Clément incarne Frédérique et livre une interprétation formidable.
Xavier Dolan a su tiré le meilleur de tous ses acteurs.

J’ai vu plusieurs fois Laurence Anyways. A chaque fois, je suis subjugué par la richesse de sa créativité. Il s’agit d’une œuvre originale éblouissante portée par l’imaginaire fantasmagorique d’un grand cinéaste. Le film partage généreusement des moments où semble passer une vérité ordinaire.
Il est indispensable de considérer l’oeuvre de Xavier Dolan comme l’une des plus importantes de sa génération.
Elle me fait espérer qu’un jour nous pourrions retrouver une force d’intimité et de vérité sur la complexité des sentiments dont ont fait preuve certains films de l’époque. Je pense aux films de François Truffaut, Claude Sautet, Eric Rohmer, Ingmar Bergman et tant d’autres…

Laurence Anyways est un film magique, somptueux et sophistiqué, dominé par le couple passionné que forment Melvil Poupaud et Suzanne Clément.
Si Xavier Dolan est un artiste qui invente des récits, des personnages et des univers de fiction, il est surtout un grand raconteur d’histoire comme le cinéma n’en a pas eu depuis longtemps. 
– Romain Princet  

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LES QUATRE CENTS COUPS

Les_Quatre_Cents_CoupsRéalisé par FRANÇOIS TRUFFAUT – France, 1959

Écrit par FRANÇOIS TRUFFAUT et MARCEL MOUSSY

Avec JEAN-PIERRE LÉAUD, CLAIRE MAURIER, ALBERT RÉMY, GUY DECOMBLE…

Durée : 1 h 39 min

SYNOPSIS : Antoine Doinel est un adolescent parisien de 14 ans. L’école l’ennuie profondément. Il préfère sécher les cours et découvrir la vie en faisant les 400 coups avec son ami René.  

LA FICHE TECHNIQUE IMDb

 

« LA FUGUE D’ANTOINE »

Les Quatre Cents Coups est un film français produit et réalisé par François Truffaut. Pour l’écriture du scénario, Truffaut s’inspire de sa jeunesse et de celle de ses amis. Il fait appel ensuite à Marcel Moussy, écrivain et scénariste, pour donner au film une portée plus universelle.
Largement autobiographique, le film a causé de sérieux problèmes familiaux à Truffaut qui depuis la sortie du film en 1959, en a toujours redouté les séquelles.  

À l’époque, François Truffaut était un critique issu des Cahiers du Cinéma. Il voulait devenir réalisateur. Le film est d’ailleurs dédié à André Bazin, l’un des fondateurs des Cahiers du Cinéma et conseiller avisé de Truffaut, décédé au lendemain du commencement du tournage.
Les Quatre Cents Coups est le premier film de François Truffaut et celui d’une saga « Antoine Doinel », protagoniste récurent de son oeuvre, qui en comporte cinq. Il est aussi le premier de ce qui sera appelé « La Nouvelle Vague » avant que Jacques Rivette, Jean Luc Godard, Eric Rohmer…se lancent à leur tour.

Je n’avais pas revu le film depuis mon enfance, très tôt à l’âge de sept ou huit ans. Je me souvenais vaguement des bêtises d’Antoine Doinel, de sa gouaille. En revanche, je me souvenais davantage de ses errances nocturnes dans le Paris des années 50, magnifié par le noir et le blanc d’une photographie somptueuse d’Henri Decae qui rappelle l’oeuvre humaniste de Doisneau.
J’ai grandi avec ce film et l’impression qu’il s’est imprégné en moi depuis cette première fois. Il a certainement influencé mes goûts artistiques et le fait que je sois attaché au cinéma réaliste, aux situations et personnages tirés du quotidien.
Je l’ai redécouvert avec beaucoup de nostalgie et de bonheur. Je fus ému et émerveillé. D’ailleurs, il m’est difficile de trouver d’autres termes appropriés car le film ne se définit pas, il se vit, se pleure et se rit aussi. C’est aussi simple que ça.

Les Quatre Cents Coups est un film vrai sur une jeunesse, un modèle familial, comme on en a rarement eu. Ce n’est pas seulement le portrait d’une adolescence difficile, c’est un film singulièrement vivant, plein de charme et d’amour.
Il dit tant de choses sur l’enfance, l’éducation, la liberté, l’émancipation…des thèmes qui me sont très chers.
Le film de Truffaut est un plaisir instantané.

Aujourd’hui le cinéma français est si pauvre qu’il fait rarement de grands films. Après toute l’essence inspiratrice de la Nouvelle Vague, on tente seulement de maintenir la tête hors de l’eau.  

Les 400 coups

Les Quatre Cents Coups est l’histoire d’Antoine Doinel. Un petit parigot de 14 ans plutôt grande gueule qui n’a de cesse de répéter que l’école ne l’intéresse pas. Sa relation difficile avec ses parents ne font qu’empirer les choses. Il vit entre une mère peu aimante et un beau-père indifférent. Il préfère sécher les cours avec son ami René et découvrir la vie en faisant les quatre cents coups.

Le récit de cette aventure est d’une humanité rare en partie grâce à l’interprétation des acteurs, plus vrai que nature et au traitement très personnel de Truffaut. Il pose un regard juste et authentique sur l’enfance. Il y a derrière cette formidable histoire, l’évocation d’une jeunesse universelle, d’une expérience de vie conséquente et l’envie généreuse de la partager. C’est ce qui fait que ce film n’a pas d’égal. Il est unique.

Le jeune Antoine Doinel, interprété par Jean-Pierre Léaud, est devenu une figure emblématique du cinéma réaliste et intimiste de Truffaut. La confusion est telle qu’aujourd’hui, on peut affirmer que Truffaut est Doinel par l’intermédiaire de Léaud. 

Découvert par un casting, Jean-Pierre Léaud est Antoine Doinel. Il l’incarne sans le jouer. C’est stupéfiant. Il déborde d’énergie naturellement.
Truffaut disait respecter le langage des enfants en les laissant s’exprimer librement. Le résultat de ce travail difficile est bouleversant et me laisse croire que Truffaut devait être un formidable directeur d’acteurs. En atteste, à la fin du film, une scène d’un réalisme rare dans laquelle Antoine est confronté à un psychologue.

Il y a dans le film des scènes inoubliables qui peuvent rappeler  sur des détails, un passage de l’enfance. Le regard émerveillé d’Antoine lorsqu’il découvre Honoré de Balzac et l’admiration fervente qu’il éprouve. Le litre de lait qu’il boit d’une traite, assoiffé après avoir errer la nuit entière dans Paris. Des mots d’excuses rédigés, trafiqués ou inventés de peur d’être sévèrement puni par ses parents.
Toutes ces scènes sont d’une humanité singulière et brillent à l’image par le geste artistique de Truffaut.

Truffaut nous offre sans doute l’une des plus belles fin de cinéma. Le film se termine sur un regard d’Antoine Doinel, habité d’une vérité touchante où l’on peut lire la satisfaction et l’accomplissement d’une forme de liberté.
Le film remportera d’ailleurs le Prix de la Mise en Scène au Festival de Cannes 1959 pour l’intelligence novatrice de sa mise en scène et le choix audacieux d’une liberté narrative.

Les Quatre Cents Coups est d’une fraîcheur juvénile inlassablement jouissante. Si tous les acteurs sont incroyablement justes, le film doit énormément à Jean-Pierre Léaud qui, incontestablement, porte le film sur ses épaules.

Je regrette qu’aujourd’hui il y ait si peu de films de scénaristes où la langue est une chanson et les sentiments sont vrais.- Romain Princet

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2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE

arton11109Réalisé par STANLEY KUBRICK – britannico-américain, 1968

Écrit par STANLEY KUBRICK et ARTHUR C.CLARKE

Avec KEIR DULLEA, GARY LOCKWOOD, WYLLIAM SYLVESTER …

Musique de ARAM KHACHATURYAN, GYÖRGI LIGETI, JOHANN & RICHARD STRAUSS …

Durée : 2 h 28 min

SYNOPSIS : Les astronautes David Bowman et Frank Poole entreprennent un voyage vers Jupiter, traçant un mystérieux signal émis par un monolithe noir. 

LA FICHE TECHNIQUE IMDb

« UN VOYAGE UNIQUE »

2001 : l’Odyssée de l’espace est un film britannico-américain de science fiction produit et réalisé par Stanley Kubrick. Le scénario est écrit par Arthur C.Clarke, grand écrivain scientifique, et Kubrick.
Le film se veut ultra-réaliste et devait être initialement quasi documentaire. Ce n’est seulement qu’au cours du tournage que Kubrick modifie le scénario. Il le rend plus implicite et moins dialogué. En résulte un film expérimental, devenu culte, oú le spectateur est libre de se faire une idée du sens du film.
Une construction narrative innovante qui fait de ce film une œuvre philosophique, très éloignée des clichés des films de science fiction de l’époque. Cela explique qu’à sa sortie en 1968, il reçoit un accueil divisé de la critique et du public, déstabilisés par une expérience subjective qui pousse à la reflexion. 

Comme son titre l’indique, il s’agit d’un récit de voyage, une sorte de long poème humaniste, au rythme très lent, qui fait se confronter notre héros au mystère de l’univers. Le propos comme la manière sont donc extrêmement ambitieux, et le film, qui éblouit souvent ne paraît jamais prétentieux.
En revanche, il y a dans ce voyage contemplatif, un ennuie latent qui parfois s’installe et qu’il faut accepter pour mieux observer, écouter, et ainsi, tenter de comprendre la logique de Kubrick car si tel est le cas le film devient rapidement un plaisir qu’on savoure.

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La composition narrative du film se divise en quatre actes parfaitement distincts. Le passage du premier au deuxième est devenu célèbre grâce à la scène du lancer d’un os par un singe qui dans le plan suivant se transforme en vaisseau spatial.
Cette ellipse nous fait faire un bond de plus de quatre millions d’années en seulement deux plans.
Le film s’ouvre à l’aube de l’humanité, sur la découverte d’un mystérieux monolithe noir autour duquel s’agite une tribu d’australopithèques. Dès lors, l’inspiration leur vient de se servir d’un os comme d’une arme.
Quatre millions d’années plus tard, un monolithe noir, semblable au précédent, est trouvé sur la lune. Il émet d’étranges signaux en direction de Jupiter.
A bord du vaisseau Discovery One, deux astronautes tracent le signal, entreprenant un long voyage vers Jupiter aux abords de laquelle ils retrouvent ce même objet d’origine extraterrestre. Il se révèlera avoir la capacité de modifier l’évolution humaine.

Si nombre de critiques, auteurs, cinéphiles, ont tenté de décrypter le film, je crois qu’il faut se faire à l’idée qu’il n’est pas nécessaire de tout comprendre et que l’on peut tout aussi bien savourer une oeuvre au spectacle visuel et orchestral impressionnant, sans forcément y trouver un sens précis.
Pour apprécier ce film, il est indispensable de se rendre curieux et de se laisser embarquer dans un voyage vers l’inconnu. Le film fait appel à l’intelligence humaine, à la réflexion et à la sensibilité émotionnelle. C’est ainsi que transparait la force du récit. 

Ce film me fait penser aux grandes oeuvres littéraires, musicales ou picturales qui dans le traitement osent la radicalité.
Je l’explique en partie grâce au soin apporté au cadre spatio-temporel et à la succession de tableaux dont le geste artistique est somptueux.
Je fais référence aux longs plans silencieux et sans action qui traversent le film de façon récurrente. 
Je pourrais regarder des heures la scène du jogging de Franck Poole à l’intérieur du vaisseau tout immaculé de blanc ou encore la scène de la valse poétique des vaisseaux.
Des séquences entières auxquelles il faut additionner à l’image l’utilisation ingénieuse de la musique classique qui renforce un sentiment d’angoisse mystérieux.

Quant aux acteurs, s’ils sont seulement beaux, élégants et dépourvus de toutes émotions, ils participent eux aussi à l’élaboration d’un mystère qui pousse à la réflexion. 

2001 : l’Odyssée de l’espace est une oeuvre unique et incontournable. Elle est riche d’idées novatrices, d’images renversantes et d’une immense créativité.
L’Odyssée de Stanley Kubrick est une sublime épopée. – Romain Princet

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