shellac-le-parc-image-2010
Réalisé par DAMIEN MANIVEL – France, 2017 

Écrit par DAMIEN MANIVEL et ISABEL PAGLIAI

Avec NAOMIE VOGT-ROBY, MAXIME BACHELLERIE, SOBERE SESSOUMA

Image ISABEL PAGLIAI 

Montage WILLIAM LABOURY 

Son JÉRÔME PETIT

Coloriste YOV MOOR

Durée : 1 h 12 min 


LA FICHE TECHNIQUE IMDb


SYNOPSIS
C’est l’été, deux adolescents ont leur premier rendez-vous dans un parc.
D’abord hésitants et timides, ils se rapprochent au gré de la promenade et tombent amoureux. Vient le soir, l’heure de se séparer… C’est le début d’une nuit sombre.

damien-manivel
Damien Manivel est le réalisateur de quatre courts-métrages (Viril, Sois sage, ô ma douleur, La Dame au chien, Un dimanche matin) et de deux longs : Un jeune poète, sorti en 2015, et Le Parc, présenté au dernier festival de Cannes dans la programmation de l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion).
Le film, en l’occurrence tout simple, repose sur un principe de réalité où l’on retrouve les ingrédients qui font le charme du cinéma français : décor naturel, situations et personnages tirés du quotidien, langage de tous les jours… Et de cette banalité, surgit soudain, comme par magie, une vérité fascinante. Dans un terrain de jeu aussi ordinaire qu’un parc, Damien Manivel parvient à saisir d’infini détails à la fois justes et signifiants. La majesté des cadrages contribue aussi à la beauté du film et fait qu’on l’apprécie comme on apprécierait un tableau de Van Gogh. Damien Manivel marque les esprits par sa liberté de ton et se révèle être un grand cinéaste.

ENTRETIEN : Il y a un réalisme incroyable qui se dégage du film et des personnages. J’ai senti que vous preniez le temps de filmer tout ce qui se passe.

Je travaille avec des personnes qui n’ont pas ou ont très peu d’expérience de jeu d’acteur, ça influe sur la façon dont je dirige les scènes et aussi sur l’atmosphère qui se dégage du film. Donc, réalistes ou pas, mes films se fondent toujours sur ce travail avec eux, je ne recherche pas à ce qu’ils incarnent des personnages mais à filmer qui ils sont vraiment. Ce sont toujours des portraits.

On atteint un summum de vérité dans la scène où les deux adolescents s’échangent des textos. On y retrouve toutes les subtilités de la réalité. C’est fascinant. Je suis curieux de savoir comment vous l’avez fabriqué…

Cette impression de vérité est due à la façon dont le temps passe dans ce plan qui est très long et aussi à l’intensité que dégage Naomie Vogt Roby. On sent chez elle une palette d’émotions, de sentiments variés, contradictoires alors qu’elle ne joue rien. La nuit tombe pendant toute la durée du plan et Naomie se contente d’agir suivant les indications que je lui donne. On a fait une seule prise, je crois qu’on a été chanceux, il s’est passé quelque chose de miraculeux. C’est pour ce genre de moments que je fais du cinéma.

 

L’ambiance du parc, l’atmosphère qui s’y dégage, m’ont fait penser à la scène d’ouverture de Elephant de Gus Van Sant. Ce sont aussi des ados qui jouent dans un stade. Dans l’espace, le cadre et votre façon de filmer le temps qui passe, j’y ai retrouvé ce même plaisir à observer, comprendre ce qui s’y passe. Ça vous parle ?

Oui, bien sûr, je me rappelle du début avec la voiture du père et aussi de ces ados sur le stade, notamment du regard au ciel de la fille, ce mouvement très banal qui est aussi son pressentiment. J’ai un faible pour Last Days, je trouve le film incroyable, d’une très grande simplicité. Il y a des films comme ça que j’ai beaucoup regardé parce qu’ils me rassurent et m’inspirent. Quand je vois Last Days, je me dis que faire un film c’est en fait très simple… et quasiment impossible. Je ne sais pas pourquoi mais cette contradiction me motive.

L’ambiance sonore du parc est particulièrement douce, à la fois vague et silencieuse…

C’est Jérôme Petit qui signe le son de mes films depuis mon premier court-métrage en 2006. On essaye de donner une place importante au son, c’est un travail fin et besogneux. Beaucoup de sons sont créés au montage… je crois qu’on n’a pas encore trouvé exactement ce qu’on cherche et c’est sans doute pour cela qu’on continue.

En filmant le parc pendant de longs moments, des promeneurs entrent dans le cadre au gré du hasard et nous racontent tous une histoire. Ils deviennent eux aussi des personnages de fiction. On s’imagine tout un tas de choses à leur sujet. C’est assez surprenant et jouissif à la fois…

Oui, effectivement, j’aime que de la fiction apparaisse par les détails. On voit ces gens au loin, on se raconte une histoire sur eux, on se demande qui ils sont, comme dans la vie. Et puis, cette pensée s’évanouit et quand on revient sur l’héroïne, quelque chose a changé.

Tous les plans du film sont fixes. Ils peignent des tableaux absolument sublimes. Est ce qu’il y a un matériel en particulier avec lequel vous travaillez comme source d’inspiration ?

Isabel Pagliai a fait l’image du film, elle a un travail de réalisatrice et on s’entend bien quand il s’agit de faire un cadre. Sur le tournage, on n’a pas vraiment le temps de réfléchir, on travaille vite et à l’instinct mais avant, oui, il y a la peinture pour ma part et puis quand j’ai filmé Naomie lors des essais, je crois que j’ai compris ce que je voulais faire en terme d’images, de cadres. J’ai tout de suite eu envie de filmer son visage en plans rapprochés, dans un format 4/3. Et puis, j’avais tout autant envie de filmer le parc en plan très large, le vent, le soleil. Donc, voilà, le découpage du film est parti de là.

leparc01cshellac

Quel est le point de départ de votre projet ? Et quelle est la part d’écriture dans un film aussi riche et proche de la réalité ?

Le point de départ, c’est l’idée de faire un film qui se passerait entièrement dans un parc. Une journée, du matin jusqu’à l’aube. Raconter une histoire d’amour dans son entièreté, de la rencontre, au premier baiser, à la rupture, la traversée du deuil. Donc, voilà, c’est un point de départ un peu conceptuel et là-dessus viennent se greffer les scènes, les personnages, leurs sentiments. L’écriture du film a eu plusieurs phases. J’ai commencé seul, j’ai écrit un premier texte, ensuite Isabel Pagliai m’a rejoint et on a tout jeté sauf le parc et l’unité de temps. On est donc parti d’une feuille blanche deux semaines avant le tournage, on a développé des idées et puis on les a jetées dès le premier jour de tournage. Et là, la vraie écriture a commencé, en tournant.

À quel moment vous vous dîtes, j’ai assez de matière pour débuter le tournage avec mes acteurs ? Et à quelle étape de votre travail, arrive la recherche des comédiens ?

Les acteurs ont été rencontrés dans les rues de Poitiers quelques semaines avant le tournage. Ils arrivent donc assez tardivement dans le processus et ils bouleversent toutes les idées développées. Je m’adapte à eux. Ils sont la véritable source d’inspiration.

Je trouve qu’il faut être très courageux pour faire ce genre de film. C’est un voyage vers l’inconnu, il faut être sûr de son langage artistique…

J’aime fabriquer des films, c’est ma passion… en tout cas, je ne me vois pas faire autre chose. En ce qui concerne le langage artistique, je ne suis pas du tout en confiance quand je commence un tournage, au contraire, j’ai très peur. La seule chose qui me rassure, c’est la beauté des personnes que je vais filmer, la beauté des lieux. De ça je suis convaincu. Donc faire le film, ça devient faire le portrait le plus vrai possible de ces gens, de ces paysages, et pas « exprimer mes idées ». Quand je pense à ça, la confiance revient, les choses se clarifient.

Le Parc fait partie de ces films forts où une seule unité de lieu et de temps domine. Sur une journée, ce décor unique permet au spectateur d’avoir des repères précis…
Mais la nuit, ces repères se relâchent, se distendent peu à peu. C’est un choix radical et qui scinde le film en deux. On passe du récit réaliste au récit fantastique. Cela peut paraître un peu déstabilisant et envoûtant à la fois…

Oui, au moment du tournage, cette forme s’est imposée à nous. Ce n’était pas un choix totalement conscient de passer dans le fantastique. En tout cas, je ne savais pas que le film irait aussi profondément dans cette direction. Je ne sais pas si je referais un film scindé en deux parties comme cela mais c’était une expérience intéressante, j’ai beaucoup appris sur la narration et notamment pendant le montage avec William Laboury.

Vous êtes le producteur de votre film et il est un bon exemple de liberté dans les choix artistiques. C’est à mon sens la meilleure façon de travailler et d’arriver à faire un film singulièrement détaillé…

Je ne sais pas. Je pense que chacun doit inventer ses propres méthodes de travail, voire de production. En tout cas, ce n’est pas chose facile et c’est un système qui s’est construit sur plusieurs années. Dès mes courts-métrages, j’avais envie de contrôler les choix de production parce que le film se construit tout le temps et notamment dans ces moments là. Toute décision est déjà de l’artistique, chaque détail compte… et puis c’est amusant de savoir qu’un plan a une histoire, qu’on a tourné de telle façon parce qu’il pleuvait, qu’on nous a refusé une autorisation de tournage, qu’on n’avait pas l’argent, que c’est dû au hasard… Après, plus concrètement, je peux fonctionner comme ça parce que je suis entouré de personnes qui m’apportent un soutien précieux. Mon associé Martin Bertier, Thomas Ordonneau (Shellac) qui distribue et co-produit le film, Cosimo Santoro (The OpenReel) qui s’occupe des ventes internationales et Bruno Deloye de la chaine Ciné + qui m’apporte aussi sa confiance, mon agent et amie Danièle D’antoni. Je me permets de les citer (et encore j’en oublie) pour dire que c’est rare mais que ça existe des personnes qui n’ont pas froid aux yeux et pour qui faire du cinéma a un sens…

Le Parc est un conte, une fable humaniste, sensible et intelligente qui s’adresse autant aux adultes qu’aux adolescents. Il montre de façon assez brutale, qu’à partir de simples mots prononcés, la séparation peut être une épreuve très douloureuse…

Oui, c’est très douloureux la séparation. Je pense qu’on l’a tous vécue, c’est comme si le monde s’arrêtait.

Je me suis reconnu dans le personnage de la fille qu’interprète formidablement bien Naomie Vogt-Roby. J’ai compris son chagrin. L’idée d’un film naît parfois d’un sentiment personnel. Cette ambiguité dans la relation amoureuse est quelquechose que vous avez connu d’assez près pour vouloir la raconter ?

Bien sûr. C’est à la fois très banal et tragique. Comment se relever ? Comment continuer à avancer, à ne plus y penser ? Je suis très content qu’un homme puisse se retrouver là-dedans aussi parce qu’évidemment, même s’il s’agit d’une héroïne, ces sentiments sont en nous tous.

Vous tenez un blog personnel (une correspondance avec un cinéaste japonais), sur lequel j’ai découvert une citation de François Truffaut qui explique sa façon d’appréhender le travail avec les enfants. Après l’adolescence, l’enfance pourrait être un sujet abordé dans votre prochain film ?

Oui. C’est précisément le sujet de mon prochain film, co-réalisé avec Kohei Igarashi. On va tourner prochainement, on est en plein dedans… On s’est rencontré au festival de Locarno en 2014 où on présentait nos films respectifs, on est devenu amis, et à une soirée à Tokyo, je lui ai proposé qu’on fasse un film ensemble. Il m’a dit oui tout de suite. Je lui ai dit de réfléchir un peu quand même ! Mais c’était déjà tout décidé… sur notre blog, on essaye de partager les moments de création… mais reparlons-en après le tournage !
https://medium.com@Maniveltolgarashi

Le Parc de Damien Manivel
Sortie le 4 janvier

Entretien réalisé par Un Film À La Une le 22 décembre 2016. 

REJOIGNEZ-MOI SUR FACEBOOK

Publicités

2 réflexions sur “LE PARC : MON ENTRETIEN AVEC DAMIEN MANIVEL

Donner votre avis...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s