Réalisé par BARRY JENKINS-États-Unis, 2017

Écrit par BARRY JENKINS (adaptation de la pièce de théâtre de TARELL ALVIN McCRANEY)

Avec MAHERSHALA ALI, TREVANTE RHODES, DUAN SANDERSON, NAOMIE HARRIS, ANDRÉ HOLLAND, JANELLE MONÁE, ALEX HIBBERT, ASHTON SANDERS…

Durée : 1 h 51 min 

SYNOPSIS : Pendant trois périodes cruciales de sa vie, Chiron, un afro-américain de Miami se bat contre son milieu et sa famille pour trouver sa place dans le monde. 

LA FICHE TECHNIQUE IMDb

« TROIS CHAPITRES DE LA VIE »

Après Medicine for Melancholy, Barry Jenkins, 37 ans, vise d’emblée les sommets avec ce deuxième film tourné dans un ghetto de Miami. Modeste production indépendante à l’origine, le film a fait forte impression lors des projections publiques. Et je me réjouis de cet accueil pour ce jeune cinéaste dont je suis très solidaire d’une démarche qui consiste à faire en sorte que le travail sur l’atmosphère, la picturalité, soit le fil conducteur des émotions. Le geste artistique respecte, en plus, un sens précis de la dramaturgie.

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La trame narrative s’étire sur quinze ans dans la vie des personnages. Elle se divise en trois actes distincts – l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte – dont chacun relate un moment clef de la vie de Chiron, un jeune afro-américain maigre et timide. Il s’agit d’un récit initiatique de grande ampleur où le protagoniste est livré à un isolement cruel. On le verra souffrant et aimant.
Little, Chiron et Black – trois surnoms pour chaque période de sa vie –  vit à Liberty City, une cité de Miami en passe de devenir un ghetto. Sa mère s’enfonce peu à peu dans la drogue et ne parvient pas à le protéger du harcèlement constant de ses camarades. Chiron se trouve alors des parents de substitution qui parfont son éducation. Très tôt, il s’interroge sur sa sexualité et découvre qu’il est homosexuel.

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Au delà du récit de la vie d’un homme qui a du mal à assumer son homosexualité, le film aborde un sujet plus intime et plus bouleversant qui est celui du pressentiment d’être différent. L’orientation sexuelle n’est pas la principale caractéristique du film. Au bout du compte, Moonlight raconte une histoire universelle à travers le combat personnel d’un jeune Noir. Le film encourage à accepter son identité, sans se conformer aux conventions de la masculinité et de la sexualité. De ce fait,  l’exercice de temporalité,  qui prend la forme d’un triptyque dans le récit, ne fait qu’astucieusement renforcer la quête d’identité du protagoniste et le fait qu’il affirme une certaine forme d’individualité. En revanche, si la transformation physique de Chiron au fil des années est d’une force fulgurante, il manque, sur la durée, d’oser prendre sa place auprès de sa mère et de ses camarades de classe. Chiron est très introverti, et du coup, un peu trop vulnérable. J’aurais aimé qu’il prenne le risque de s’opposer pour faire respecter ses droits. Il y a souvent en filigrane, derrière cette attitude de repli, la peur du rejet. Le personnage de Chiron prend un peu plus d’ampleur dans la dernière partie (l’âge adulte) où l’on comprend qu’il est à présent respecté, mais ce changement arrive un peu tard, hélas.

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Le film a su, quant à lui, se forger une réelle identité et il est, dans son entièreté, d’une beauté sidérante. En caméra portée ou en gros plans, il y a un soin méticuleux qui est apporté à l’image exaltant la capacité de résistance et de dignité dont fait preuve ce jeune Noir américain. Dès le début du film, j’ai été frappé par la précision et le sens du cadrage, la fluidité des mouvements de caméra. Une scène met particulièrement en exergue l’esthétique irréprochable de l’opérateur James Laxton. Sur la plage, au clair de lune, Chiron découvre son homosexualité auprès de son compagnon d’étude Kevin. Ils sont filmés de dos, assis face à la mer, mais plusieurs plans rapprochés filment des détails d’une élégance et subtilité rares, comme un regard plein de désir ou une main qui se crispe dans le sable. C’est l’une des plus belles scènes du film. Ce sont toutes ces petites choses, d’une grande discrétion, qui apportent un supplément d’âme qui me plaît beaucoup. Barry Jenkins, qui adapte ici un texte du dramaturge Tarell Alvin McCraney In Moonlight Black Boys Look Blue, signe un film magnifique. – R.P

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4 réflexions sur “MOONLIGHT

    • Oui tu as raison, la première partie (l’enfance) nous laisse un peu sur notre faim et la deuxième partie (l’adolescence) est, à certains moments, un peu cliché. Mais le film a une âme si profonde qu’il est assez facile de s’en détacher. En tout cas, ta remarque a souvent été faite.

      Aimé par 1 personne

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